Fiche artiste
Jacques Duvall
Parolier de Lio, Marie France et bien d’autres, Jacques Duvall cultive aussi en solo une pop dandy, ironique et délicieusement décalée, à la belge.
- Origine
- Bruxelles
- Actif
- 1977–2026
- Genre
- chanson pop
Jacques Duvall a le chic pour signer des chansons que tout le monde connaît sans toujours connaître son nom. Parolier, chanteur et dandy bruxellois, il préfère souvent tenir la plume plutôt que le premier rôle. Mais l’homme de l’ombre n’est pas tout à fait invisible : quand il passe au micro, sa pop décalée a l’élégance d’un veston bien coupé et le sourire en coin de celui qui sait qu’une chanson peut avoir plusieurs arrière-pensées.
La plume derrière les refrains
Lio est l’un des noms qui reviennent le plus vite lorsqu’on parle de Jacques Duvall. Il écrit notamment « Le Banana split », le premier grand succès de la chanteuse, chanson à double sens qui s’installe dans les mémoires. Duvall a aussi signé des textes pour Marie France, Alain Chamfort, Jane Birkin, Étienne Daho et Dani. Une belle brochette, sans devoir pousser la porte d’une seule loge.
Son histoire commence notamment auprès de Marie France, chanteuse et figure singulière de la scène parisienne. Duvall a raconté que cette rencontre avait marqué le début de l’aventure. Dans cette trajectoire, le parolier belge est parfois rapproché de Serge Gainsbourg : le parallèle tient à son goût du sous-entendu, à une certaine désinvolture et à l’art de faire cohabiter le léger et le trouble. Mais Duvall n’est pas un Gainsbourg de remplacement. Il a sa manière à lui : plus discrète, volontiers pince-sans-rire, et résolument belge dans son absence de grandiloquence.
Il sait surtout qu’une chanson ne doit pas forcément choisir entre tristesse et gaieté, élégance et grivoiserie, tendresse et insolence. Dans un entretien accordé à Larsen, il explique aimer les textes qui offrent plusieurs niveaux de lecture. Le double fond n’est donc pas un petit supplément décoratif : c’est une façon de laisser la chanson travailler après le dernier refrain.
Le dandy prend le micro
Réduire Jacques Duvall au rôle de parolier serait manquer une bonne moitié du personnage. Il enregistre aussi ses propres disques et assume une voix de chanteur qui ne cherche pas à faire oublier celle des autres. Il a dit lui-même ne pas se considérer comme un « vrai chanteur », tout en aimant jouer ce rôle. La formule lui va bien : chez Duvall, l’interprétation semble moins affaire de démonstration que de présence, de ton et de silhouette.
Ses albums personnels lui permettent de développer un univers plus louche et plus libre que celui des tubes écrits pour d’autres. La pop y flirte avec le cabaret, le rock de garage et les chansons de mauvais garçons qui ont bon cœur. Le dandysme n’y est pas une pose glacée : il sert plutôt de veste de scène à une écriture malicieuse, parfois sombre, qui préfère le clin d’œil au discours appuyé.
Le projet Phantom prolonge ce goût du pas de côté. Il ne s’agit pas ici d’un groupe de rock anonyme croisé au détour d’un catalogue : la médiathèque Bodink distingue bien « Phantom featuring Jacques Duvall ». Son album Hantises, paru en 2006, fait partie de cette période où Duvall développe ses projets sous des noms et des formes différentes. Un fantôme, oui, mais avec une plume tout sauf évanescente.
À deux avec Élisa Point
La collaboration avec Élisa Point donne un autre éclairage à sa chanson. Leur album Pourquoi pas nous ?, publié en 2007, fait se rencontrer les chansons d’Élisa Point et les adaptations de Duvall, dans un décor de roman-photo sentimental où l’ironie n’efface jamais tout à fait la tendresse. Deux écritures singulières s’y croisent plutôt qu’elles ne se fondent l’une dans l’autre.
Dans la médiathèque Bodink, le duo est représenté par « Cache-cache », « Ce qui nous attend », « J’ai tout en double », « Je suis ton homme », « Pourquoi pas nous », « Sainte salope » et « Mon pays ». Les titres donnent déjà le ton : amour hésitant, petits désordres du cœur et élégance du dérapage contrôlé. La chanson de Duvall sait parfois se tenir droite ; elle n’est pas obligée de garder les mains sur la table.
Un nom à redécouvrir
La médiathèque Bodink ne conserve actuellement aucun titre sous « Jacques Duvall » ni sous « Phantom featuring Jacques Duvall ». Pour le moment, c’est donc le rayon du duo avec Élisa Point qui donne accès à ces chansons dans notre catalogue. Les amateurs peuvent y retrouver les sept titres répertoriés, avec cette réserve bien pratique des brocantes : le même objet se cache parfois sous une autre étiquette.
On peut découvrir Jacques Duvall par un refrain écrit pour Lio, par une collaboration avec Marie France, ou par ses propres chansons de dandy désabusé. Dans tous les cas, on tombe sur un artisan qui sait faire sonner les mots sans leur mettre un costume trop sérieux. Une fois, on croit tenir une plaisanterie ; à la deuxième écoute, il reste peut-être un peu de mélancolie au fond du verre.
Sources
Dans la médiathèque
- Cache-cache2006
- Ce qui nous attend2006
- J’ai tout en double2006
- Je suis ton homme2006
- Pourquoi pas nous2006
- Sainte salope2006
- Mon pays