Fiche artiste

Philippe Lafontaine

De « Cœur de loup » à « Fa ma no ni ma », Philippe Lafontaine fait danser les mots et les sons dans une chanson belge pop, joueuse et singulière.

Naissance
24 mai 1955
Origine
Gosselies, Hainaut
Actif
1978–
Genre
Chanson pop

Il y a des chansons qui s’installent dans l’oreille par leur refrain. « Cœur de loup » y entre aussi par la porte de service : une syllabe qui rebondit, un son qui en appelle un autre, une phrase qui semble parfois se dérober juste avant qu’on l’attrape. Philippe Lafontaine en a fait son grand succès, mais le titre ne résume pas à lui seul un répertoire où la chanson pop aime jouer avec les mots, les rythmes et les images.

Né à Gosselies le 24 mai 1955, Lafontaine est auteur, compositeur et interprète. Il se forme aux arts plastiques, prend la route avec sa guitare et construit une carrière à côté des sentiers bien balisés. La chanson n’est pas, chez lui, un simple texte posé sur une mélodie : la façon dont les mots sonnent compte autant que ce qu’ils racontent. Dans un entretien, il évoque sa fascination pour la musicalité du français. C’est une bonne clé d’écoute pour ses chansons : elles ne demandent pas toujours qu’on en dénoue tout le sens du premier coup.

Un loup qui change de date selon la rive

Une petite précision de calendrier s’impose. Dans la médiathèque Bodink, « Cœur de loup » est daté de 1988. C’est aussi l’année retenue pour sa première sortie belge par les notices discographiques consultées. En France, le titre circule largement l’année suivante, et l’album Fa ma no ni ma paraît chez Vogue en 1989. Dire que « Cœur de loup » est une chanson de 1989 n’est donc pas faux, à condition de parler de son grand rendez-vous avec le public français, plutôt que de sa première vie en Belgique.

Cette trajectoire a quelque chose de savoureux : une chanson déjà là, qui traverse la frontière et trouve une nouvelle impulsion. À l’écran comme sur disque, Lafontaine n’a pas l’air d’un fabricant de tubes à la chaîne. Son plaisir semble plutôt venir de l’atelier : essayer une cadence, tordre une expression, faire sonner ensemble des mots qui n’étaient peut-être pas destinés à se rencontrer. Le résultat a de l’élan sans perdre son étrangeté.

Quand les mots prennent le rythme

Le texte de « Cœur de loup » est signé avec Juan d’Oultremont, artiste et auteur belge. Leur association donne au morceau une langue très physique : répétitions, jeux de sons, allitérations et glissements de sens deviennent presque des instruments. On n’écoute pas seulement une histoire ; on entend les consonnes s’entrechoquer et les voyelles prolonger la mélodie. La chanson garde une allure légère, mais son écriture est travaillée au millimètre.

C’est là qu’on peut la rapprocher d’une certaine chanson poétique belge des années 1980 et 1990 : non pas une école avec un uniforme et une carte de membre, plutôt un goût pour la liberté de ton, la précision verbale et le décalage. Chez Lafontaine, la poésie ne prend pas forcément la pose. Elle peut arriver en biais, sous une forme pop, avec un refrain qu’on fredonne avant d’avoir décidé ce qu’on pense du texte. Le sourire est là, mais il ne se moque ni de la chanson ni de la personne qui l’écoute.

L’entretien publié par L’Express en 2005 confirme ce souci du mot juste et de la beauté des sonorités. Il permet aussi de ne pas réduire Lafontaine à un coup de chance radiophonique : derrière le refrain familier, on trouve un artisan de la langue, attentif à la manière dont une phrase chante.

Un catalogue qui garde plusieurs pistes

La médiathèque Bodink rassemble plusieurs étapes de ce parcours. On y trouve « Bronze, bronze », « Dis-le moi », « Fa ma no ni ma », « Paramour », « Valse, valse », « Tamisez Londres » ou « Tout me rappelle tout », à côté de « Cœur de loup ». Ces titres ne racontent pas une carrière en ligne droite ; ils dessinent plutôt un musicien qui essaie des angles et des couleurs différentes.

L’album Fa ma no ni ma, publié par Vogue en 1989, prolonge naturellement le succès du loup. Son titre lui-même ressemble à une petite formule sonore, une invitation à entendre les syllabes avant de leur demander leurs papiers. D’autres chansons conservées dans la médiathèque, comme « Alexis m’attend », montrent que le répertoire ne s’arrête pas au refrain le plus connu. Et les archives audiovisuelles de la Sonuma gardent la trace de Lafontaine interprétant « Cœur de loup » en 1989 : une pièce de mémoire utile, sans transformer pour autant la chanson en relique sous cloche.

La même année 1990, Lafontaine représente la Belgique au Concours Eurovision avec « Macédomienne », un autre titre où le jeu verbal compte beaucoup. Il y arrive après le succès de « Cœur de loup », mais ne cherche pas à en refaire une copie. C’est un détail qui lui ressemble : préférer une nouvelle pirouette au confort d’une recette.

Le plus joli tour de « Cœur de loup », finalement, est peut-être celui-ci : faire passer une écriture exigeante pour une évidence de refrain. On peut la retrouver pour son énergie pop, pour ses sons qui s’attrapent au vol ou pour le plaisir de la langue qui joue sans se prendre pour une leçon. Dans les bacs d’une brocante, le disque a de quoi attirer l’œil ; une fois posé sur la platine, il rappelle surtout que la chanson belge sait être malicieuse, précise et franchement mélodique.

Sources

Dans la médiathèque

  1. Bronze, bronze1980
  2. I’m jogging1980
  3. Dis-le moi1981
  4. Tout le monde à l’eau1986
  5. Vis ta vie (sur le pouce)1986
  6. Fa ma no ni ma1987
  7. Paramour1987
  8. Valse, valse1987
  9. Cœur de loup1988
  10. Et dire…1988
  11. Ballade1989
  12. Ouest-ou-est ?1989
  13. Tamisez Londres1989
  14. Tout dépend de vous1989
  15. Tout me rappelle tout1989
  16. Alexis m’attend1990