Fiche artiste
Urbanus
Humoriste, chanteur et raconteur d’absurde, Urbanus transforme Noël, les manteaux de fourrure et les zwaantjes en chansons belges singulières.
- Vrai nom
- Urbain Servranckx
- Naissance
- 7 juin 1949
- Origine
- Sint-Gertrudis-Pede, Brabant flamand
- Actif
- 1973–aujourd’hui
- Genre
- Chanson comique
Urbain Servranckx, dit Urbanus, a le chic pour faire dérailler une situation bien rangée. Un Noël devient prétexte à une chanson qui chatouille les habitudes religieuses, une promenade romantique tourne au gag noir et un manteau de fourrure inspire une drôle de petite entreprise. Né à Sint-Gertrudis-Pede le 7 juin 1949, ce comédien, chanteur, guitariste et auteur de bandes dessinées a fait de l’absurde une affaire très sérieuse — enfin, presque.
Ses premiers pas sur scène remontent à 1973. Il se produit d’abord avec le groupe Anus, puis part en solo sous le nom d’Urbanus Van Anus. Son premier album, Urbanus Van Anus Leevend, paraît en 1974. Le personnage de scène est déjà là : un air faussement candide, une manière de prendre les détours les plus inattendus et une langue populaire qui ne cherche pas à lisser les angles. La chanson, chez Urbanus, ne reste jamais bien longtemps dans les clous. Elle emprunte au cabaret, à la parodie et au sketch, avec un sens du détail qui fait mouche sans demander la permission.
Un Noël pas tout à fait comme les autres
Le meilleur exemple tient dans un « bakske » rempli de paille. Een Bakske Vol Met Stro, paru en 1979, raconte à sa façon l’histoire de la Nativité. Ce titre était prévu comme face B de Als Moeder Zong, pas comme le grand morceau de la paire. Le public en a décidé autrement : le morceau s’est installé en tête du classement flamand pendant neuf semaines. Comme quoi, une face B peut parfois prendre toute la place sur la platine.
L’humour vient du décalage. Le sujet est familier, solennel même, mais Urbanus le traite avec un aplomb de raconteur qui préfère l’image inattendue au respect des convenances. La chanson a fait grincer quelques dents dans les milieux catholiques et séduit un large public. Elle résume bien son goût pour la provocation bon enfant : il ne s’agit pas de réciter une leçon, mais de regarder une histoire connue sous un angle de travers et de laisser le rire faire son travail.
Des manteaux et des oiseaux
En 1980, Madammen Met Een Bontjas prend pour cible les dames portant un manteau de fourrure. Le morceau se présente comme un faux plaidoyer militant, puis déroule des idées de recyclage franchement peu recommandables : le narrateur imagine une seconde vie pour chaque morceau de peau. La satire est volontairement excessive, presque bricolée sur le coin d’un établi. Et sa chute pousse l’ironie jusqu’au bout : après avoir condamné les manteaux, le chanteur imagine s’en offrir un, ainsi qu’un autre pour sa compagne, en peau de hérisson. La morale, si morale il y a, ne sort pas tout à fait indemne de l’histoire.
Le titre fait aussi entendre ce qui rend ces chansons si particulières : le personnage n’est jamais un porte-parole bien peigné. Il défend une idée, puis la sabote dans la foulée. La chanson a été écrite et composée par Urbanus, et son air entraînant contraste avec la fantaisie grinçante du texte. L’humour ne vise pas les artistes, ni même un public précis : il s’amuse surtout de la logique tordue de son narrateur, qui finit par se prendre les pieds dans son propre discours.
La médiathèque Bodink conserve aussi Quand Les Zosiaux Chantent Dans Le Bois, enregistré comme single en 1980. Ici, Urbanus chante en français une romance de sous-bois. Les oiseaux, les amoureux et la nature composent d’abord une carte postale gentiment sentimentale ; la scène se dérègle ensuite, et le conteur laisse le mauvais sort s’inviter sans prévenir. Ce contraste entre le ton léger et la tournure absurde suffit à faire basculer la chanson. Le titre a même atteint la troisième place du classement flamand, preuve que le public pouvait suivre Urbanus jusque dans ses escapades francophones.
Le goût du détour
Dans les titres repris par Bodink, Kodazuur date de 1982. The Scratchin’ Zwaantjes, pour sa part, est associé à une prestation télévisée de 1984. Son univers n’est pas fait que de chansons de fête ou de chansons à message : il aime aussi les personnages ordinaires, les situations qui s’emballent et les mots qui sonnent juste parce qu’ils sont un rien de travers. Les « zwaantjes », ces policiers à moto qu’on croise sur les routes belges, deviennent chez lui matière à récit comique. La chanson a été présentée en direct dans l’émission Hotel Americain en 1984.
Cette façon de passer de la chanson au sketch traverse toute sa carrière. Urbanus s’est également fait connaître comme acteur et auteur de bandes dessinées. Avec le dessinateur Willy Linthout, il lance sa propre série de BD ; au cinéma, il tient le premier rôle dans Hector puis Koko Flanel, deux films réalisés avec Stijn Coninx. Mais ses chansons gardent leur place à part : elles tiennent souvent en quelques minutes, avec juste assez de mélodie pour rester en tête et assez de fantaisie pour transformer une scène banale en histoire impossible à raconter sans sourire.
Urbanus n’a pas besoin de choisir entre le populaire et le bizarre. Il les installe côte à côte, comme deux voisins qui se croisent à la brocante et finissent par repartir avec le même vieux disque. Et, une fois qu’on a entendu un Noël raconté à sa manière, difficile de regarder un simple bakske de paille avec tout à fait le même sérieux.