Il y a trente ans, naissait dans la tête d'Yves Lacomblez le texte d'un tube qui allait écrire une belle page de l'histoire musicale belge. Adaptation édulcorée et en français du titre d'Elton Motello « Jet Boy, Jet Girl », « Ça plane pour moi » n'était alors dans la tête de Pipou qu'un pastiche rigolo d'une chanson punk à l'histoire sans queue ni tête. Brillamment incarnée par un Plastic Bertrand sautillant et intenable - et dont le physique collait sans doute mieux à l'esprit de la chanson que celui de son producteur Lou Deprijck -, Ça plane allait conquérir le monde et enchaîner des records de vente. Rien ne laissait pourtant présager un tel succès si on en juge à la présence initiale de la chanson sur la face B de « Pogo, Pogo », premier titre de la carrière solo de Plastic.

Il faut dire que le morceau est efficace. Même si les paroles s'enchainent à une vitesse incroyable rendant la moitié du texte incompréhensible pour les non-initiés, les « Wouh ouh ouh ouh » qui annoncent le refrain finissent par mettre tout le monde d'accord. Plus besoin de la langue de Voltaire, chanter la suite devient alors un jeu d'enfant. Si la chanson a beaucoup fait parler d'elle dans des domaines autres que musicaux, elle a réussi l'incroyable gageure de devenir populaire auprès du grand public tout en devenant un hymne des mouvements punks anglais et américains. Loin de se douter de la vraie histoire du morceau, il se raconte que Robert Smith est un grand fan du morceau et voulut, lors d'un de ses passages en Belgique, rencontrer Plastic Bertrand en personne.

L'incroyable longévité que connait Ça plane est elle aussi époustouflante. On ne compte plus le nombre de covers réalisées à travers le monde. Rien que sur Bodink, nous retrouvons déjà pas moins de trois reprises : celles de Kim Kay, Set de chœur et Telex qui proposent chacun une réinterprétation dans des registres tout à fait différents. Drôle, on compte même un pastiche du pastiche signé... Plastichke avec un « Ça gaze pour moi » cent pour cent made in Brussels. Ces artistes présents dans notre médiathèque ne sont pas les seuls, bien entendu, à s'être prêtés à l'exercice. On se souvient peut-être encore de l'interprétation des Presidents of the United States of America, de Sonic Youth, des Red Hot Chili Peppers, de Leila K ou encore de David Caretta.

Signe que le tube est toujours actuel, Pespi a même repris la chanson comme illustration sonore d'une pub destinée au marché asiatique. Et si vous en doutez encore, je vous laisse ci-dessous, le fruit de mes patientes recherches sur Youtube. Les paroles sont souvent massacrées puisque chantées phonétiquement mais vous constaterez comme moi que les gens sensés maitriser le français ne sont pas forcément plus à l'aise avec le texte... Sacré Pipou ! Il mérite bien qu'on souffle ce trentième anniversaire de sortie en musique !



En route vers l'Asie avec une cover réalisée pour Pespi Cola.


On repasse par la Suisse pour une version kitschi-sexy de Tears.


L'autre bout du monde avec l'Australie et ses Midnight Juggernauts.


Retour en Europe, par la France, pour une version de Christophe Willem.


Le Mexique, ça vous dit ? Avec John Cameron Mitchell, un acteur américain. Et un extrait de Jet Boy, Jet Girl en prime.


Et une version en pingouin qui remporte la palme du Worst Cover Ever !