Photo : Tino Jacobs from Belgium, CC BY 2.0, via Wikimedia CommonsFiche artiste
Arno
D’Ostende à Bruxelles, Arno a mêlé rock, blues et chanson avec TC Matic puis en solo, sans jamais lisser sa voix ni son humour.
- Origine
- Ostende, Flandre-Occidentale
- Actif
- 1969–2022
- Genre
- Rock belge, chanson
Né à Ostende en 1949, Arno Hintjens a gardé de sa ville natale une façon bien à lui de regarder le monde : de biais, avec tendresse, et sans se laisser impressionner par les manières. Il s’est ensuite installé à Bruxelles, mais la côte n’a jamais vraiment quitté ses chansons. Entre les deux, il a construit une œuvre qui passe du rock râpeux au blues, de la chanson populaire aux secousses de la new wave. Une voix éraillée, un humour pince-sans-rire et une manière de ne jamais faire tout à fait ce qu’on attend de lui : Arno, quoi.
Ses premiers pas sur scène remontent à 1969. Après Freckle Face, il forme avec le guitariste Paul Couter le duo Tjens Couter, bientôt élargi à d’autres musiciens. Le groupe change de peau et de nom au fil des années, jusqu’à devenir TC Matic en 1980. Avec Arno au chant et Jean-Marie Aerts à la guitare, le groupe ne cherche pas à choisir entre les influences : blues, funk, rock et new wave se frottent les uns aux autres, sans demander la permission.
Le premier album de TC Matic paraît en 1981. Il contient « O la la la », titre bref, immédiatement reconnaissable, qui fait connaître le groupe bien au-delà de son premier cercle. Deux ans plus tard, « Putain putain » transforme son énergie en hymne à l’Europe, avec ce mélange de langues qui lui ressemble : le français, l’anglais et des sonorités venues d’Ostende. Pas besoin de lisser les aspérités pour trouver le refrain ; chez Arno, elles font partie de la mélodie.
TC Matic n’est pas un groupe de rock belge bien peigné. Il joue fort, prend des chemins de traverse et laisse une place à l’étrangeté. « If You Wanna Dance, Dance, If You Don’t, Don’t » porte déjà toute une philosophie de piste de danse : chacun fait comme il le sent. « Ugh Ugh » et « Elle adore le noir » prolongent cette liberté, entre guitares nerveuses et chanson à la personnalité bien marquée. Dans les années 1980, le groupe tourne en Europe et s’impose comme l’une des formations belges les plus singulières de son époque. Il se sépare en 1986.
Arno ne reste pas longtemps sans musique. Il poursuit sa route en solo, parfois en anglais, parfois en français, parfois dans plusieurs langues à la fois. Ce n’est pas une carrière parallèle à TC Matic, mais une autre façon de faire circuler les mêmes obsessions : les amours qui déraillent, les petites gens, les grandes postures et les plaisirs simples. La voix reste rugueuse, mais elle sait aussi se faire douce. Un peu comme une vieille veste qu’on remet pour sortir : elle a vécu, elle tombe bien, et elle n’a pas besoin d’être repassée.
La médiathèque Bodink garde quelques jalons de ce parcours. On y retrouve « O la la la », « Putain putain », « If You Wanna Dance, Dance, If You Don’t, Don’t », « Ugh Ugh » et « Elle adore le noir ». Elle conserve aussi « Bonjour » et « Je continue sans lui », deux titres de 1981 associés à Sonia Dufour : Arno les a écrits dans un projet auquel participaient les musiciens de TC Matic. Une belle petite pièce de brocante discographique, qui rappelle qu’une médiathèque ne raconte pas seulement les grands succès, mais aussi les détours et les collaborations.
En 1993, « Les Filles du bord de mer » donne un autre aperçu de son goût pour les chansons déjà connues. La chanson d’Adamo change de décor : chez Arno, la reprise garde sa mélodie populaire, mais prend un tour plus libre, plus rock, avec ce grain de voix qui semble avoir traîné dans quelques cafés avant d’arriver au studio. Il ne s’agit pas de singer l’original ni de le mettre à distance ; plutôt de se l’approprier, comme on reprend un vieux refrain à une table où tout le monde finit par chanter.
Ostende et Bruxelles ne sont pas deux étapes qu’il faudrait opposer. Arno a vécu dans la capitale pendant des décennies, tout en restant attaché à sa ville de naissance. Il a même rendu hommage à Bruxelles sur disque, mais l’air du large revient souvent dans les récits qu’on fait de lui. Cette double appartenance lui allait bien : un pied dans la ville, l’autre dans le sable, et le micro toujours à portée de main.
Arno est mort à Bruxelles le 23 avril 2022. Sa carrière, commencée sur une scène ostendaise et poursuivie avec TC Matic puis en solo, traverse plus d’un demi-siècle de musique belge. Elle tient autant à ses refrains qu’à sa façon de les habiter : sans pose, avec du cœur et une certaine idée du savoir-faire, celle qui consiste à faire sonner les choses de travers juste comme il faut.