Photo : Kevindax1809, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia CommonsFiche artiste
Claude Barzotti
De Châtelineau aux slows qui ont marqué les années 1980, Claude Barzotti a cultivé une chanson sentimentale, généreuse et fièrement italo-belge.
- Vrai nom
- Francesco Barzotti
- Naissance
- 23 juillet 1953
- Origine
- Châtelineau, Hainaut
- Actif
- 1973–2020
- Genre
- Chanson sentimentale
Né à Châtelineau sous le nom de Francesco Barzotti, Claude Barzotti avait le goût des chansons qui ne font pas semblant. Dans sa voix grave, les amours prennent de la place, les regrets s’installent pour de bon et les sentiments ne se cachent pas derrière le paravent de l’ironie. Italo-belge, il a fait de cette manière directe une signature : celle d’un chanteur populaire qui assume le grand jeu sentimental.
Son enfance est marquée par les déplacements entre la Belgique et l’Italie, avant qu’il ne revienne s’installer dans son pays natal. La musique, elle, est déjà dans le paysage : il apprend la guitare classique et le solfège, puis enregistre un premier disque à dix-sept ans sous le nom de Franco Angeli. En 1973, il adopte le nom de Claude Barzotti et signe chez Vogue Belgique. Les premiers disques ne lui ouvrent pas tout de suite les portes du succès. Il faut du temps, des chansons, et une rencontre décisive avec les producteurs Pierre et Michel Célie pour que sa carrière change de braquet.
« Madame », puis le Rital
« Madame » raconte déjà beaucoup de son art : une adresse tendre, une émotion exposée sans détour, une mélodie faite pour rester dans l’oreille. Une première version ne rencontre pas son public ; Barzotti reprend la chanson au début des années 1980. Cette fois, le morceau trouve sa place et devient un succès. Il n’y a pas besoin d’en rajouter : chez lui, le sentiment est déjà servi à pleines louches.
Puis vient « Le Rital », autre pièce maîtresse, qui donne aussi son surnom au chanteur. Le titre joue avec une identité que Barzotti ne cherche pas à gommer. La chanson parle d’origine, de regard des autres et d’appartenance, avec le ton franc d’un homme qui se sait d’ici et d’ailleurs. Sa popularité tient autant à cette affirmation qu’à son refrain immédiatement reconnaissable. À l’époque des grandes émissions de variétés et des 45 tours, le Rital de Châtelineau s’installe dans les foyers francophones.
Le cœur à découvert
Barzotti ne se limite pas à ces deux titres. « Je ne t’écrirai plus » et « Aime-moi » prolongent cette veine où l’amour se chante comme une affaire sérieuse, parfois douloureuse, toujours très humaine. Sa voix légèrement râpeuse donne du poids aux mots ; elle ne cherche pas à faire croire que tout va bien quand la chanson raconte l’inverse. C’est une façon de chanter qui ne craint ni le mélodrame ni les grandes déclarations. La pudeur ? Elle peut attendre au vestiaire.
Cette sincérité n’a rien d’une pose de crooner importée de loin. Elle s’enracine dans la chanson de variété francophone, avec un sens de la mélodie et des refrains que l’on retient dès la première écoute. Barzotti en écrit plusieurs lui-même, et compose aussi pour d’autres interprètes. Il ne cherche pas à faire compliqué : il sait qu’une histoire sentimentale peut tenir dans une phrase simple, pourvu qu’on la chante avec conviction.
La médiathèque Bodink garde aussi des chemins moins attendus de son répertoire, comme « Si tu savais, Nelson Piquet » et « On a toujours quelqu’un avec soi », le titre collectif associé au Télévie. Ce dernier rappelle que sa présence ne se résume pas aux solos d’amoureux transis : il a également pris part à des projets réunissant plusieurs chanteurs belges autour d’une cause commune. Le détour par Nelson Piquet, lui, suffit à montrer qu’un catalogue de chansons peut parfois bifurquer vers un sujet qu’on n’attendait pas au coin du 45 tours.
Une chanson qui reste
Claude Barzotti a poursuivi sa carrière bien après les grands succès des années 1980, avec des albums, des concerts et des tournées nostalgiques. Il a annoncé arrêter la chanson en 2020, alors que sa santé ne lui permettait plus de remonter sur scène. Il est décédé le 24 juin 2023, à l’âge de 69 ans.
Reste cette manière de chanter sans se moquer de l’émotion, même lorsqu’elle déborde un peu du cadre. Chez Barzotti, le sentimental n’est pas un défaut à dissimuler : c’est le moteur de la chanson. Et quand une brocante fait surgir un vieux 45 tours de « Madame » ou du « Rital », il y a de bonnes chances que quelqu’un fredonne avant même d’avoir retiré la poussière de la pochette. Une fois, c’est la chanson qui retrouve son public.