Fiche artiste
Sttellla
Jean-Luc Fonck et Sttellla, groupe bruxellois de chanson absurde : jeux de mots, chansons-sketchs et une aventure musicale commencée en 1975.
- Origine
- Bruxelles
- Actif
- 1975–aujourd’hui
- Genre
- Chanson humoristique
Il y a des groupes qu’on reconnaît à leur premier accord. Sttellla, on le reconnaît aussi à son premier jeu de mots — parfois avant même que la chanson ait vraiment commencé. Depuis 1975, Jean-Luc Fonck et ses complices bricolent une chanson belge à part : tendre, loufoque, volontiers surréaliste, et très sérieuse dans son refus de se prendre au sérieux.
L’aventure démarre à l’Institut Berkendael, une école bruxelloise où Fonck monte sur scène avec des copains et Mimi Crofilm. Il ne se présente pas en virtuose : la bio du groupe raconte qu’il ne sait alors jouer d’aucun instrument. Ce qui ne l’empêche pas de se sentir à l’aise devant le public et de remettre ça. Le nom Sttellla, lui, a l’avantage d’être déjà une petite plaisanterie : Fonck répondra qu’il vient « à cause de la bière ». Une explication suffisamment belge pour ne pas réclamer de séminaire.
Des chansons qui prennent les mots au pied de la lettre
Chez Sttellla, le calembour n’est pas un accessoire ajouté à la dernière minute. C’est le moteur, le décor et parfois le personnage principal. Un titre peut faire basculer une expression familière dans une autre histoire ; une chanson peut ressembler à un sketch mis en musique, avec son idée absurde poussée jusqu’au bout. Et, sous le gag, il reste souvent une mélodie nette, un refrain qu’on retient sans avoir besoin de prendre des notes.
L’humour est moins celui d’une blague racontée entre deux plats que celui d’un univers qui se construit par associations, dérapages et détours. Les mots s’entrechoquent, les images prennent des chemins de traverse ; la musique, elle, garde le cap juste assez longtemps pour qu’on ait envie de suivre. C’est cette alliance qui donne à Sttellla sa couleur : le sourire est immédiat, mais l’invention ne se limite pas à la chute.
La médiathèque Bodink en garde quelques bons spécimens. « Kanjecherche » annonce d’emblée la méthode : le titre fait déjà son numéro. « Le Slow du lac », « La Valse du court-circuit » et « Téléski qui croyait prendre » montrent différentes manières de tordre le quotidien. « Lady Di va faire dodo », « Hélène aimait Alain » ou « Eddy Merckx » font apparaître, en quelques mots, des personnages et des situations qui ne demandent qu’à dérailler. Et « Mon nez mon nez » rappelle qu’une idée minuscule peut parfaitement devenir une chanson.
Du bricolage des débuts aux grandes scènes
Au départ, Sttellla avance avec les moyens du bord. Le premier album, Pouet-Pouette, paraît en 1978 ; les arrangements sont minimalistes, et le goût du jeu de mots est déjà bien installé. Le duo Fonck-Crofilm multiplie les prestations dans les cafés, les maisons de jeunes et les fêtes de quartier. Le fameux savoir-faire belge consiste parfois à faire beaucoup avec peu — ici, un clavier, des idées et une certaine liberté de ton.
Les chansons voyagent ensuite bien au-delà des arrière-salles. Sttellla se produit en Belgique, puis en France, au Québec et en Suisse. À la fin des années 1980, le groupe rejoint le label indépendant français Boucherie Productions. La scène alternative lui convient : pas parce que Sttellla joue comme les groupes punk qui l’entourent, mais parce qu’il partage avec eux une énergie de terrain et le goût des chemins qui ne passent pas par les grandes autoroutes.
Dans les années 1990, le groupe continue de se transformer autour de Fonck. Le format varie, les partenaires changent, mais la patte demeure : des chansons qui peuvent faire rire par leur titre, leur récit ou leur manière de contourner les habitudes. « Torremolinos », devenu l’un de ses morceaux les plus connus, illustre bien ce mélange de refrain accrocheur et de fantaisie débridée. Une chanson peut commencer comme une carte postale et finir en destination dont on n’avait pas trouvé le dépliant à l’office du tourisme.
Jean-Luc Fonck, une activité à plusieurs tiroirs
Sttellla reste étroitement lié à Jean-Luc Fonck, auteur, compositeur et interprète, mais son terrain de jeu ne s’arrête pas aux albums. Il écrit aussi des livres et des spectacles, passe par la radio et la télévision, et poursuit des projets en solo. Cette abondance explique en partie l’impression de mouvement permanent : Sttellla n’est pas une machine réglée pour répéter une formule, mais un atelier qui garde la porte ouverte.
En 2014, le groupe marque ses quarante ans avec l’album Ounne dosse treize et le Grabatour. C’est un anniversaire qui ressemble à son sujet : une occasion de reprendre la route, de retrouver les chansons attendues et d’en ressortir d’autres du tiroir. Le cap des cinquante ans est ensuite célébré avec une tournée anniversaire. Après tant d’années, l’absurde n’a donc pas pris sa pension ; il a simplement acquis assez d’ancienneté pour avoir droit à une belle fête.
Un drôle de patrimoine belge
On peut venir à Sttellla pour les jeux de mots, rester pour les mélodies et revenir pour le plaisir d’entendre comment une expression familière va être détournée. Son humour n’écrase pas les chansons : il leur ouvre des portes de côté. Et derrière l’accumulation de titres farfelus, il y a une vraie constance — celle d’un artiste qui préfère inventer son propre terrain plutôt que marcher au pas.
Dans une brocante, on reconnaît parfois une vieille chanson à son refrain avant même d’avoir identifié la pochette. Avec Sttellla, on peut aussi tomber sur un titre et se demander comment il a bien pu exister. C’est souvent le bon moment pour appuyer sur lecture.
Sources
Dans la médiathèque
- Kanjecherche1981
- Mon nez mon nez1983
- Attarte1985
- Balalaïka1985
- Hymne à la joie et à la tolérance1985
- Julio1985
- La Valse du court-circuit1985
- Lady Di va faire dodo1985
- Le Père Noël1985
- Le Slow du lac1985
- Non ! Non ! Jean-François1985
- Oya sequoia1985
- Tonton1985
- Vee van boma1985
- Ça s’enrôle ici1988
- Odile1988
- Hélène aimait Alain1992
- L’Eczéma tranquille1992
- Téléski qui croyait prendre1992
- Torremolinos1992
- C’est l’été1998
- Eddy Merckx1998