Fiche artiste
Marc Moulin
Du jazz de Placebo aux synthés de Telex, des studios de Radio Cité aux chroniques radiophoniques, Marc Moulin cultivait l’art du pas de côté.
- Origine
- Ixelles, Bruxelles
- Actif
- 1961–2008
- Genre
- Jazz, électro-pop
Marc Moulin avait plusieurs vies, et pas seulement celles que lui prête le titre d’une biographie. Pianiste de jazz, compositeur, producteur, homme de radio, chroniqueur, auteur de théâtre : le Bruxellois passait d’un univers à l’autre sans demander la permission au vestiaire. Né à Ixelles en 1942, il commence par le jazz et garde, même au milieu des synthétiseurs, le goût des détours et des surprises.
Dans les années 1960, le piano l’emmène sur les scènes de jazz. En 1969, il forme Placebo avec le guitariste Philip Catherine. Le groupe mêle jazz, funk et rock, à une époque où les frontières entre ces styles restent assez bien gardées. Moulin ne se contente pas d’accompagner : il cherche des sons, des textures, des façons de faire bouger le jazz sans lui enlever son espace de liberté. Son album Sam’ Suffy, paru en 1975, en donne une belle idée. Les titres « Le Saule » et « Le Beau Galop », présents dans la médiathèque Bodink, montrent deux visages d’un même musicien : élégant, mais pas du genre à rester bien sagement dans le cadre.
La radio devient l’autre grand terrain de jeu. À la RTB, Moulin imagine des programmes et défend une radio musicale vivante, attentive à ce qui se passe ailleurs. À la fin des années 1970, il lance Radio Cité, une aventure radiophonique qui fait une place importante à la pop et au rock. Il y a là une idée simple, mais pas si banale : faire entendre de la musique avec un ton, une identité, une vraie couleur d’antenne. Les jingles de la station sont signés Telex, comme si les projets de Moulin avaient pris l’habitude de se faire des clins d’œil.
Telex, justement. Avec Dan Lacksman et Michel Moers, Moulin fonde ce trio électronique qui préfère les machines aux guitares et l’humour pince-sans-rire aux poses de rock star. Le premier album, Looking for Saint-Tropez, paraît en 1979. « Moskow Diskow » en est le morceau emblématique, mais le groupe s’amuse aussi à reprendre « Ça plane pour moi » ou « Rock Around the Clock » en les faisant passer par ses synthétiseurs. Dans la médiathèque, plusieurs titres de cette période côtoient les morceaux de Marc Moulin en solo : « Pakmoväst », « Café de la jungle », « Victime de la société » ou encore « Twist à Saint-Tropez ». Le rangement peut parfois faire penser à une caisse de brocante où les étiquettes se sont mélangées ; ici, les titres racontent surtout des aventures musicales qui se croisent.
En 1980, Telex représente la Belgique à l’Eurovision avec « Euro-Vision ». Le morceau parle du concours tout en y participant : une mise en abyme électronique, jouée avec le plus grand sérieux et le plus grand décalage. Le trio termine à la 17e place, avec 14 points. Ce n’est pas le podium, mais le geste reste fidèle à Moulin : mieux vaut tenter une idée singulière que rentrer dans le rang en costume assorti.
L’humour n’était pas réservé aux chansons. À la radio, Marc Moulin devient une voix familière des émissions satiriques, notamment Le Jeu des dictionnaires et La Semaine infernale. Il écrit aussi des chroniques pour Télémoustique. Cette facette explique peut-être pourquoi son travail musical échappe aux cases : il avait l’oreille pour le son, mais aussi le goût de l’observation et de la formule. Il savait prendre la musique au sérieux sans se prendre lui-même pour un monument.
Producteur, il accompagne également d’autres artistes. Sa collaboration avec Lio, puis avec Alain Chamfort, le conduit vers la chanson pop et la variété sans lui faire abandonner sa curiosité. Jacques Duvall devient un complice régulier de ces projets. Moulin travaille aussi avec le groupe américain Sparks. Derrière les chansons et les arrangements, on retrouve ce même savoir-faire : choisir la bonne couleur, laisser respirer une idée, puis glisser un détail qui déplace légèrement l’ensemble.
Au début des années 2000, il revient à son nom et à ses premières amours, mais avec tout le bagage accumulé entre-temps. Signé chez Blue Note, il publie Top Secret en 2001, suivi d’Entertainment en 2004 et d’I Am You en 2007. Jazz, électro et soul s’y rencontrent sans se bousculer. Dans la médiathèque, « Into the Dark » et « Organ » ramènent à cette période ; « Irony », « Me & My Ego » et « Music is My Husband » prolongent le parcours jusqu’à ses derniers albums.
Marc Moulin meurt le 26 septembre 2008. Il laisse une œuvre qui circule entre les studios, les ondes et les platines, avec cette impression rare d’avoir suivi plusieurs routes à la fois sans en perdre le fil. Pour l’écouter, on peut commencer par le jazz de « Le Beau Galop », bifurquer vers le synthé de « Moskow Diskow », puis finir sur un album Blue Note. Une fois n’est pas coutume, le détour est le meilleur itinéraire.
Sources
Dans la médiathèque
- Balek1973
- Bolkwush1973
- Le Beau Galop1975
- Le Saule1975
- Un coup j’te vois, un coup j’te vois pas1978
- Ça plane pour moi1979
- Café de la jungle1979
- Moskow Diskow1979
- Pakmoväst1979
- Rock Around the Clock1979
- Some day - un jour1979
- Something to Say1979
- Twist à Saint-Tropez1979
- Victime de la société1979
- En route vers de nouvelles aventures1980
- Euro-vision1980
- We Are All Getting Old1980
- Une sorte d’obsession1991
- Into The Dark2001
- Organ2001
- Irony2004
- Me & My Ego2007
- Music is My Husband2007
- Bug Blues