Dans les bacs d’une brocante, ils se repèrent au premier coup d’œil : petits, carrés, souvent bien colorés, avec des couvertures qui semblent promettre qu’on peut devenir élégant, bricoleur et maître de ses réceptions avant le souper. Les Marabout Flash ont longtemps tenu ce rôle de boîte à outils miniature. Leur histoire commence à Verviers, dans les ateliers d’un éditeur qui avait le sens du format — et du titre qui accroche.
Une précision s’impose d’emblée, puisque l’ancien billet parlait de cinquante ans : les premiers Marabout Flash sont datés de 1959, pas de 1958. La collection s’inscrit dans une maison déjà installée. André Gérard, imprimeur verviétois, fonde les éditions Marabout en 1949, avec Jean-Jacques Schellens comme directeur littéraire. Dix ans plus tard, le duo lance cette nouvelle collection de livres pratiques.
Un oiseau, un scout et une maison verviétoise
Le nom Marabout ne sort pas d’un chapeau d’éditeur. Il fait écho au totem scout d’André Gérard : le marabout, l’oiseau. Un choix qui donne à la maison un nom facile à retenir et une identité visuelle qui se décline bien. Le « Flash », lui, annonce la promesse : des conseils concrets, accessibles rapidement, sur des gestes de la vie de tous les jours.
Le format participe au programme. Environ douze centimètres sur douze, un petit carré à glisser dans une poche ou à poser près du téléphone — avant que le téléphone ne devienne le conseiller universel qu’il est aujourd’hui. Ce format réduit répond aussi à une logique de fabrication économique : il permet de produire à moindre coût que le livre de poche classique. Le savoir-faire verviétois, ici, est autant celui de l’imprimeur que celui de l’éditeur.
La collection se présente comme une encyclopédie de la vie quotidienne, mais en pièces détachées. On peut y apprendre à recevoir, danser, jardiner ou cuisiner vite. Les six premiers titres, parus en 1959, donnent le ton : Nous recevons, Dansons, Mon jardin d’agrément, Je cuisine vite, Vacances en Italie et Je peins ma maison. Du dîner de famille au cocktail, de la valse au cha-cha-cha, des Alpes à la Sicile : il y a déjà de quoi meubler quelques soirées et repeindre le salon.
Des fusées au chat de la maison
Les thèmes s’éloignent vite du simple mode d’emploi domestique. Après les premières recettes et les conseils d’accueil, voilà l’aviation, les avions britanniques, les fusées, puis le chat qu’il faut nourrir, soigner et garder en bonne santé. La collection ne se contente pas d’expliquer comment réussir une réception : elle veut aussi tenir compagnie à la curiosité du lecteur. On passe d’un cocktail à un missile avec l’aplomb d’une bibliothèque qui sait que la vie est pleine de projets très différents.
Les titres ont souvent le charme direct des promesses de l’époque. J’élève mon chat annonce son programme sans détour. Je peins ma maison ouvre la porte du chantier, de la cave au grenier. Dansons va de la valse au cha-cha-cha. Quelques années plus tard, on trouve aussi des sujets comme l’entretien de la voiture, l’art de s’habiller ou les 300 sandwichs pour les pique-niques et les réceptions. C’est tout un quotidien qui tient dans la main, avec la petite assurance que, pour une fois, on va s’y prendre correctement.
Monsieur et Madame Flash en vedette
Les couvertures contribuent beaucoup à la personnalité de la série. Jusqu’en 1967, les montages d’Henri Lievens mettent souvent en scène Monsieur et Madame Flash dans des situations liées au sujet du livre. Recevoir des invités, partir en vacances, s’occuper de son intérieur : ces personnages semblent prêts à illustrer chaque étape du bon déroulement des choses. Le résultat porte la marque de son époque, jusque dans les poses et les vêtements, mais le principe est limpide : le conseil doit se comprendre avant même d’ouvrir le livre.
À l’intérieur, des dessins humoristiques accompagnent aussi les textes. Les premiers volumes ne se rangent pas encore dans des catégories aussi nettes que les collections plus tardives. La maison explore, teste, élargit le terrain. C’est ce mélange qui rend aujourd’hui les couvertures et les titres si savoureux à feuilleter : il y a de la vie pratique, de la technique, du voyage, du loisir, avec parfois un petit détour inattendu entre deux tâches ménagères.
Et puis il y a leur présence matérielle. Ces carrés se retrouvent dans les bibliothèques familiales, les caisses de seconde main et les bacs de brocante, parfois à côté d’un roman de poche ou d’un vieux disque. On en ouvre un pour le titre, on reste pour les illustrations, les conseils datés et cette façon très sérieuse d’aborder une question qui nous paraît soudain délicieusement précise. Le temps a parfois rangé leurs astuces au rayon des curiosités ; il a aussi donné aux couvertures une seconde vie, celle des objets qu’on chine avec un sourire tendre.
Près de cinq cents titres ont paru au fil de la collection, jusqu’en 1984. Une belle série née à Verviers, donc, où les grandes ambitions tenaient dans un petit carré. Et si l’on repart avec un exemplaire de Je cuisine vite, Les fusées ou J’élève mon chat, on aura au moins un sujet de conversation tout prêt pour la prochaine réception.



