Portrait de Annie CordyPhoto : Georges Biard, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Fiche artiste

Annie Cordy

De Laeken aux refrains qui restent en tête, Annie Cordy a mené plus de 70 ans de carrière entre chanson, music-hall, opérette, cinéma et télévision.

Vrai nom
Léonie Julienne Cooreman
Naissance
16 juin 1928
Origine
Laeken, Bruxelles
Actif
1944–2020
Genre
Chanson française, music-hall

Il y a des refrains qui s’installent dans la mémoire comme un vieux meuble dans une maison de famille : on ne sait plus très bien quand ils sont arrivés, mais on les retrouve toujours. Annie Cordy en a laissé quelques-uns de fameux. De « Cigarettes, whisky et p’tites pépées » à « Tata Yoyo », elle savait donner à une chanson un personnage, une démarche et presque un costume.

Derrière ce nom de scène, il y a Léonie Cooreman, née le 16 juin 1928 à Laeken, au nord de Bruxelles. Très jeune, elle danse, chante et se présente à des concours. En 1944, elle se fait remarquer dans les radio-crochets ; en 1948, elle enregistre ses premiers 78-tours et monte sur la scène du cabaret bruxellois du Bœuf sur le toit. Le Lido la repère : en 1950, elle part pour Paris et adopte le nom d’Annie Cordy. La suite durera plus de septante ans, entre chanson, revue, opérette, cinéma et télévision.

Une chanson, et déjà tout un petit monde

En 1957, « Cigarettes, whisky et p’tites pépées » donne le ton : une chanson vive, un titre qui claque, et cette façon de jouer avec les mots sans prendre la pose. Annie Cordy n’est pas seulement une voix : elle interprète, elle incarne. Même quand un refrain tient en quelques mots, on sent la scène derrière le disque.

Mais la fantaisie n’est pas une cage. Cordy alterne les chansons légères, les rôles au cinéma et les spectacles musicaux. Elle débute sur les planches avec La Route fleurie, puis apparaît au cinéma dans Si Versailles m’était conté…. Son parcours ne se résume donc pas à une collection de chansons rigolotes : c’est celui d’une artiste de music-hall capable de changer de registre et de passer du rire à des rôles plus graves.

En 1976, Nini la Chance devient à la fois le titre d’une comédie musicale et un personnage que le public associe à l’artiste. Le spectacle donne à Cordy un terrain de jeu idéal : du mouvement, des situations, une héroïne pleine d’aplomb. L’INA conserve notamment une apparition télévisée où elle chante et danse le morceau-titre avec un ballet. La chanson fonctionne comme un numéro de scène en miniature : on ne l’imagine pas immobile derrière un micro, et c’est bien tout l’intérêt.

« Tata Yoyo » : une rengaine avec du ressort

Puis arrive « Tata Yoyo », publiée en 1980. Le morceau rassemble ce qu’Annie Cordy sait faire de mieux : une énergie de meneuse de revue, un personnage haut en couleur et un refrain qui accroche l’oreille. L’INA en garde une interprétation télévisée avec danseurs en costumes : la chanson y prend toute sa dimension de spectacle. Pas besoin de hausser le sourcil devant son exubérance : elle est jouée à fond, avec un vrai savoir-faire de scène.

La médiathèque Bodink garde aussi des chemins de traverse. À côté des titres les plus connus, on y trouve « Les Gaulois », « Le Kazou » et « Quinze cent quinze », tous associés à 1979, ainsi que « L’Hurluberlu » (1977), « Le Rock à Médor » (1983), « J’suis branchée » et « Y’a des hauts, y’a des bas » (1985). Une sélection qui rappelle son goût pour les personnages, les situations cocasses et les titres qu’on a envie de répéter à voix haute. La discographie d’époque confirme notamment les éditions de L’hurluberlu, du Kazou et des Gaulois.

Un refrain n’empêche pas les détours

Il serait tentant de réduire Annie Cordy à la reine des refrains qui font sourire. Ce serait oublier la travailleuse de scène : meneuse de revue, chanteuse d’opérette, comédienne, actrice. Sa carrière traverse les générations parce qu’elle ne s’est pas limitée à un seul format. Elle a tourné, joué, chanté et continué à se produire bien après que ses succès les plus célèbres eurent trouvé leur place dans la mémoire collective. Le quotidien Le Monde résume cette longévité en parlant d’une carrière de plus de soixante-dix ans.

La période des années 80 montre bien l’étendue de son répertoire : des refrains festifs, des chansons pour rire, des airs qui racontent un petit monde en trois minutes. On peut retrouver d’autres voix de cette décennie dans la sélection Bodink consacrée aux années 80. Chez Cordy, le décalage n’est pas une moquerie : c’est une manière de jouer, de faire exister un personnage et d’offrir au public un vrai numéro.

Annie Cordy est morte le 4 septembre 2020, à 92 ans. La médiathèque, elle, garde plusieurs portes d’entrée : les titres familiers, bien sûr, mais aussi ces curiosités qui font le charme d’une brocante musicale — on venait pour un refrain, on repart avec un kazou, un hurluberlu et quelques Gaulois sous le bras.

Sources

Dans la médiathèque

  1. Cigarettes, whisky et p’tites pépées1957
  2. Personnalités (Il a le… Il a la… Il a les…)1959
  3. L’Hurluberlu1977
  4. Le Kazou1979
  5. Les Gaulois1979
  6. Quinze cent quinze1979
  7. Troisième dimension1981
  8. Le Rock à Médor1983
  9. J’suis branchée1985
  10. Y’a des hauts, y’a des bas1985