Photo : Hans van Dijk for Anefo, CC0, via Wikimedia CommonsFiche artiste
Telex
Telex, trio bruxellois pionnier de la synth-pop, a fait danser les machines, sourire avec Moskow Diskow et bousculé l’Eurovision en 1980, à sa façon.
- Origine
- Bruxelles
- Actif
- 1978–2008
- Genre
- Synth-pop
Il y a des groupes qui prennent la pose devant leurs synthétiseurs. Telex, lui, semblait préférer les regarder travailler — avec un petit sourire en coin. Formé à Bruxelles en 1978, le trio réunit Marc Moulin, Dan Lacksman et Michel Moers. À une époque où la pop électronique passait encore volontiers pour une curiosité froide ou futuriste, ils en ont fait une musique accessible, dansante et volontiers malicieuse. Les machines, oui ; les grands airs, non.
Le surnom de « Kraftwerk belge » revient souvent. Il donne une idée du terrain de jeu, mais ne raconte pas toute l’affaire. Chez Telex, la précision électronique rencontre le goût de la mélodie et une certaine distance comique. Dan Lacksman s’occupe des sons et des machines, Marc Moulin compose et joue des claviers, Michel Moers chante. Une distribution claire, sans grand théâtre : le charme tient aussi à cette manière de laisser la musique faire son numéro.
Une piste de danse, avec un clin d’œil
En 1978, le groupe se fait connaître avec une reprise de « Twist à Saint-Tropez ». Le choix donne le ton : prendre une chanson familière, la dépouiller de ses réflexes habituels et la reconstruire avec des sonorités synthétiques. La recette se retrouve dans d’autres reprises, dont « Ça plane pour moi » et « Rock Around the Clock ». Ce ne sont pas des imitations sages ; Telex change le décor, ralentit ou simplifie, et laisse le contraste entre la chanson connue et son nouvel habit faire son effet.
Puis arrive « Moskow Diskow », en 1979, l’un des titres emblématiques du trio. Le morceau avance sur une pulsation régulière, avec une mélodie immédiatement reconnaissable et une voix impassible qui semble avoir reçu pour consigne de ne pas s’émouvoir. Le résultat est à la fois étrange et irrésistiblement dansant. Pas besoin de guitare héroïque ni de grand refrain à bras levés : quelques motifs bien choisis, de l’espace entre les sons, et la piste comprend le message.
Ce mélange de sérieux musical et de légèreté est une des clés de Telex. La plaisanterie ne sert pas à dire que la musique ne compte pas ; elle permet plutôt de jouer avec les codes de la pop. Le groupe peut reprendre un standard, fabriquer un refrain électronique ou envoyer une chanson à l’Eurovision sans abandonner cette petite distance. Le gag est souvent dans le dispositif, pas dans une moquerie dirigée contre les artistes ou le public.
Eurovision : viser juste… ou finir dernier
En 1980, Telex représente la Belgique au Concours Eurovision de la chanson, à La Haye, avec « Euro-vision ». Le titre annonce la couleur : la chanson parle du concours, tandis que le trio en reprend les signes avec un flegme qui tranche avec le grand cérémonial télévisé. Les membres du groupe ont expliqué vouloir terminer premiers ou derniers — en somme, jouer le jeu jusqu’au bout, mais à leur manière.
Le vote, lui, a prévu une autre chute. Telex reçoit 14 points et finit à la 17ᵉ place sur 19. Le Portugal lui donne dix points, la Grèce trois et le Royaume-Uni un. La dernière place leur échappe donc de peu ? Pas tout à fait : deux candidats terminent derrière eux. Disons que le groupe n’a pas obtenu le classement spectaculaire qu’il espérait, mais qu’il a offert au concours une entrée électronique et autoréférentielle qui ne ressemble à aucune autre.
Sur scène, l’idée est aussi visuelle : des musiciens et des claviers qui jouent avec les attentes d’une performance télévisée classique. Telex ne cherche pas à se transformer en groupe de variété à grand déploiement. « Euro-vision » garde cette retenue qui fait sourire sans transformer l’affaire en farce facile. Une fois encore, la dérision sert de méthode : elle permet d’être dans le concours tout en gardant un pied dehors.
Une œuvre à redécouvrir
Après ces premières années très marquées par les reprises et les singles, Telex poursuit son parcours sur plusieurs décennies. Sa discographie ne se limite pas à une plaisanterie d’Eurovision ni à un seul tube : le trio continue à explorer les possibilités de la pop électronique, jusqu’à son dernier album, How Do You Dance?, paru en 2006. Dans la médiathèque Bodink, des morceaux comme « En route vers de nouvelles aventures », « Soul Waves » ou « Héros dynamique » donnent aussi envie de dépasser les quelques titres les plus connus.
Marc Moulin, disparu en 2008, a marqué la musique belge bien au-delà de Telex. Pianiste, compositeur et producteur, il avait déjà construit un parcours singulier avant de participer à cette aventure synthétique. Sa page d’artiste se trouve ici. Dan Lacksman et Michel Moers ont, eux, continué à faire vivre le répertoire et à retravailler les archives du groupe.
Telex reste une drôle de pièce dans le grand puzzle de la chanson belge : assez pop pour accrocher l’oreille, assez expérimental pour surprendre encore, et assez pince-sans-rire pour transformer un concours télévisé en terrain de jeu. Avec « Moskow Diskow », les machines invitent à danser ; avec « Euro-vision », elles semblent demander poliment si tout le monde a bien compris la blague.
Sources
Dans la médiathèque
- Ça plane pour moi1979
- Café de la jungle1979
- Moskow Diskow1979
- Pakmoväst1979
- Rock Around the Clock1979
- Some day - un jour1979
- Something to Say1979
- Twist à Saint-Tropez1979
- Victime de la société1979
- En route vers de nouvelles aventures1980
- Euro-vision1980
- Soul Waves1980
- We Are All Getting Old1980
- Héros dynamique1986
- Spike Jones1986
- How Do You Dance ?2006
- J’aime la vie2006
- On the Road Again2006
- La Fête de la bière
