Un professeur moustachu, une partenaire concentrée et des pas de disco expliqués avec le sérieux d’un cours du soir : la recette a de quoi retenir l’attention. Ajoutez « Moskau » de Dschinghis Khan en bande-son, et le petit film pédagogique devient une leçon d’histoire du kitsch — avec démonstration à l’appui.

Le billet d’origine, publié le 13 juillet 2008, prenait pour sujet cette vidéo de danse. La revoir aujourd’hui, c’est aussi suivre deux chemins qui finissent par se croiser : celui d’un morceau disco lancé en 1979 et celui d’un cours télévisé finlandais devenu un morceau de choix du Web.

Le professeur, c’est Åke

Derrière les gestes bien cadrés, il y a Åke Blomqvist, danseur et professeur finlandais. En Finlande, son nom était déjà connu bien avant que des internautes ne le découvrent en ligne : il enseignait la danse depuis les années 1940, et environ un million de personnes seraient passées par ses cours avec son épouse, Leena.

La séquence qui a voyagé sur Internet vient d’une émission de télévision diffusée en 1980. Åke y présente la danse disco avec application, comme si chaque mouvement avait son petit mode d’emploi. Pas de clin d’œil appuyé à la caméra, pas de numéro destiné à faire rire : c’est un vrai cours, donné à une époque où le disco était une affaire sérieuse. Enfin, sérieuse… mais avec du brillant et du rythme.

Le décalage vient surtout du temps qui a passé. Les gestes, la tenue, la façon de montrer les pas : tout porte la marque de son époque. La séquence a quelque chose de réjouissant, mais Åke n’est pas la cible de la plaisanterie. Il fait exactement ce qu’on lui demande, et le fait avec le sérieux d’un homme qui connaît son métier.

Une chanson qui avait déjà repris du service

« Moskau », de Dschinghis Khan, paraît en 1979 sur le label Jupiter Records. Le groupe venait de représenter l’Allemagne au Concours Eurovision de la chanson avec « Dschinghis Khan », qui avait terminé quatrième à Jérusalem. Petite précision pour les amateurs de quiz : le titre de l’Eurovision, ce n’était donc pas « Moskau », mais bien « Dschinghis Khan ». « Moskau » arrive ensuite comme single, avec son propre petit monde de chœurs puissants et de disco grand format.

Le morceau n’a pas attendu les vidéos en ligne pour changer de vie. En 1980, une version anglaise, « Moscow », est utilisée par la télévision australienne pour accompagner sa couverture des Jeux olympiques de Moscou. La chanson passe ainsi des pistes de danse à l’écran, portée par un refrain qui ne demande pas beaucoup d’efforts pour rester en tête.

Puis vient le Web du début des années 2000. Avant les vidéos verticales et les commentaires en cascade, une bonne blague pouvait tenir sur une page toute simple, avec une image et un morceau qui tournait en boucle. « Moskau » apparaît sur YTMND dès 2004, puis circule sur YouTube à partir de 2005-2006. Le clip original, ses costumes flamboyants et sa chorégraphie bien décidée se prêtent particulièrement bien aux détournements. Une fois le refrain lancé, difficile de ne pas laisser la page tourner une fois de plus.

Le cours et le refrain se rencontrent

La séquence d’Åke, elle aussi, trouve son public en ligne. Mise en circulation sur YouTube en 2006, elle attire les curieux bien au-delà de la Finlande. Des années plus tard, la marque Diesel reprend la danse dans une campagne publicitaire : preuve que ces gestes pédagogiques avaient quitté la salle de cours pour devenir une petite référence pop.

Dans la vidéo qui nous occupe, l’association avec « Moskau » fonctionne à merveille. D’un côté, des mouvements expliqués avec méthode ; de l’autre, un morceau qui avance comme une fanfare disco. Le professeur garde son calme, la musique fait son travail, et l’ensemble prend une allure presque chorégraphiée — même si l’exercice, au départ, n’était pas forcément prévu pour accompagner Dschinghis Khan.

C’est aussi une jolie illustration de la façon dont Internet fabrique ses trouvailles. Il ne crée pas toujours une œuvre nouvelle : parfois, il rapproche deux images qui dormaient chacune dans leur coin. Une archive de télévision, un vieux tube, un montage fait pour s’amuser… et voilà une leçon de danse qui circule loin de son pays d’origine, tandis que « Moskau » gagne une nouvelle génération d’oreilles.

Pour suivre les pas, il faudra peut-être un peu d’entraînement. Pour fredonner le refrain, beaucoup moins. La brocante du Web a parfois du bon : elle ressort une cassette, lui trouve une bande-son et nous rappelle que le disco s’apprend peut-être mieux quand on ne se prend pas trop au sérieux.

Sources