Le 24 mars 1992, Dirk Frimout quitte la Terre à bord de la navette Atlantis. La Belgique a son premier astronaute, et, quelques jours durant, les yeux du pays se tournent vers l’espace. Il y a de quoi : parmi les héros nationaux, on accueille rarement quelqu’un qui revient avec quelques centaines de milliers de kilomètres au compteur. Les Snuls, eux, ont vite compris qu’un tel événement méritait sa chanson.
Le titre, sans détour ni fausse modestie, s’appelle « Dirk Frimout ». Il figure dans la médiathèque de Bodink parmi les morceaux des Snuls, avec d’autres trouvailles de la bande comme « Avec », « Fqtbtm » ou « Hazewee (à Laeken) ». La chanson date de 1992, l’année même du vol. L’actualité spatiale n’a donc pas eu le temps de refroidir avant de passer par la moulinette musicale.
Un Belge au-dessus des nuages
Dirk Frimout participe à la mission STS-45, à bord d’Atlantis, comme spécialiste de charge utile. La mission ATLAS-1 étudie notamment l’atmosphère terrestre et les relations entre la Terre et le Soleil. Le séjour en orbite dure un peu moins de neuf jours, du 24 mars au 2 avril. Une aventure scientifique, bien sûr, mais aussi un événement symbolique : Frimout devient le premier Belge dans l’espace.
À son retour, il est accueilli comme un héros. Sa célébrité soudaine dit quelque chose de notre rapport aux exploits : on peut suivre avec intérêt une mission complexe, puis s’attacher très fort à la personne qui porte nos couleurs jusqu’en orbite. Un astronaute belge, c’est la science qui décolle, mais aussi un voisin du pays qui a réussi un sacré trajet. Le genre de nouvelle qu’on raconte à table, même si on n’a pas tout compris aux instruments embarqués.
Il n’y a rien de moqueur dans cette affection. Frimout est un scientifique dont le travail compte, et l’exploit n’a pas besoin d’être diminué pour devenir matière à chanson. Au contraire : l’hommage populaire et la plaisanterie peuvent voyager ensemble. En Belgique, ils partagent souvent le même siège — probablement côté fenêtre.
Les Snuls, l’actualité en chanson
Les Snuls ont fait de l’observation du quotidien belge un terrain de jeu. Le collectif réunit Frédéric Jannin, Stefan Liberski, Kristiaan Debusscher, Serge Honorez et Nicolas Fransolet. Leur humour aime les détournements, les signes de la vie nationale et les grands écarts entre le sérieux affiché et le détail franchement absurde. Frimout, premier Belge dans l’espace, avait déjà tout d’un personnage de chanson : un nom bien sonore, une histoire extraordinaire, et un pays entier prêt à lever les yeux.
Le morceau porte simplement son nom. Pas besoin d’inventer un surnom cosmique ou de baptiser la navette « la baraque à frites volante » : le fait brut est déjà assez étonnant. La chanson parodique des Snuls transforme l’événement en objet de culture populaire. Elle ne remplace ni les récits de mission ni les explications scientifiques ; elle leur ajoute une petite capsule belge, où le héros de l’espace devient aussi un sujet de conversation musicale.
C’est là que leur geste reste sympathique. La parodie n’est pas une manière de rabaisser l’astronaute, mais de faire entrer son exploit dans la vie courante. On peut parler de la navette et de la recherche, puis fredonner un titre qui résume l’événement à sa façon. Le sérieux n’a pas besoin de rester en apesanteur tout seul.
L’art belge de faire d’un héros un voisin
La Belgique aime ses héros inattendus : ceux qui surgissent d’un métier, d’une région ou d’une actualité avant de rejoindre le répertoire commun. Dirk Frimout n’était pas une vedette de variété ; il était un scientifique devenu, le temps d’un vol, le premier Belge dans l’espace. La chanson des Snuls attrape ce moment précis où l’exploit collectif prend un visage et un nom.
Trente ans plus tard, « Dirk Frimout » garde cette saveur de chronique à chaud. Le morceau appartient à son année, mais il raconte aussi une manière belge de célébrer : avec fierté, sans trop se prendre au sérieux, et en trouvant une place pour la chanson au milieu des nouvelles du soir. Une fois, on envoie un compatriote en orbite ; quelque temps après, on retrouve son nom dans une médiathèque de chansons décalées. C’est une trajectoire comme une autre — et pas la moins réjouissante.
Sources
- Institut royal d’Aéronomie Spatiale de Belgique — Dirk Frimout, du scientifique de l’atmosphère au premier astronaute belge
- VRT NWS — Il y a 30 ans, Dirk Frimout devenait le premier Belge dans l’espace
- BX1 — Une sculpture des Snuls aux étangs d’Ixelles ?
- Bide et Musique — « Dirk Frimout », fiche chanson



